Pour ne point fatiguer Louis Jolliet et aussi de crainte de tomber inopinément sur quelque parti d'Iroquois à mesure qu'ils approchaient du pays de ces derniers, les trois amis n'avancèrent plus dès lors que très-lentement. Ils mirent près de deux semaines à franchir le court espace qui les séparait de la grande bourgade d'Agnier près de laquelle ils rôdèrent durant plusieurs journées avant de s'assurer que les captifs y étaient détenus.
Une fois certains que c'était sur ce point que devaient se concentrer leurs opérations, le Renard-Noir conduisit Joncas et Jolliet dans la caverne où nous avons retrouvé le pauvre amoureux.
Le chef huron connaissait cette grotte dans laquelle il avait trouvé refuge assuré à chacune de ces sanglantes expéditions qu'il avait faites tous les ans dans les cantons iroquois, depuis la mort de Fleur-d'Étoile.
Ce fut là qu'ils développèrent leur plan et s'en partagèrent les moyens d'exécution.
Le matin du soir où nous avons quitté Mornac encore une fois miraculeusement sauvé de la mort, pour retrouver Jolliet, Joncas était parti afin d'aller faire quelques achats indispensables au fort d'Orange qui n'était distant que de quelques lieues du grand village d'Agnier.
Quant au chef huron, il devait en ce moment rôder non loin du village, puisqu'il y avait plus de deux heures qu'il avait quitté la caverne quand nous y avons pénétré.
Jolliet était donc là, seul avec ses pensées, seul avec ses craintes, seul avec son amour ignoré.
Il songeait, d'abord aux dangers sans nombre que Jeanne devait courir; à la sauvage violence de Griffe-d'Ours; aux desseins pervers qu'il avait cru deviner depuis longtemps sous le masque de Vilarme.
Avait-elle pu éviter les pièges…?
Puis il pensait à Mornac et son coeur se crispait à la seule idée qu'elle aimait déjà le chevalier.