—J'ai dit, acheva le chef avec une énergie d'expression qui marquait sa décision irrévocable.

Et il sortit du ouigouam.

Le Renard-Noir avait rejoint Mornac.

—La Perdrix-Blanche consent à nous aider, dit-il au chevalier qui l'attendait avec impatience. C'est une bonne femme. J'ai vu dans ses yeux qu'elle ne mentant pas et que son coeur t'est sincèrement dévoué. Maintenant, mon fils, écoute-moi bien. Demain, durant le jour, à l'approche du grand festin, tu verras entrer dans le village un homme qui a longtemps couru les bois et qui connaît toutes les ruses des sauvages. Il sera déguisé. Prends garde de le reconnaître pour un ami: c'est Joncas. Feins de l'avoir jamais vu. Il apportera de l'eau-de-feu pour échanger contre des pelleteries, des mocassins et des raquettes qui nous serviront pendant notre fuite à Stadaconna; l'hiver est proche. Tu comprends que l'eau-de-feu devra couler à flots dans le grand repas à tout manger. Tu assisteras à ce festin et tu agiras comme les autres. Tâche de faire boire Griffe-d'Ours pour qu'il s'endorme. Toi, prend garde.

—Sois tranquille, mon vieux, interrompit Mornac en souriant. Je suis, sur ce sujet, de force à tenir tête à n'importe quel gaillard du village.

—Bon! L'obscurité venue, tu t'assureras que tous, ou à peu près, sont engourdis par la viande et l'eau-de-feu, sauve-toi doucement et viens aussitôt sous ce ouigouam. Je t'attendrai ici avec mes deux camarades. As-tu compris?

—Parfaitement.

—Bien. Oh! évite de rencontrer, durant le jour, la vierge blanche: Griffe-d'Ours aura moins de soupçons. Sans qu'on te remarque fais savoir à la jeune fille de s'habiller et de se chausser chaudement. Il commence à faire froid dans les bois. A présent je m'en vas. Sois prudent.

Il vit en sortant qu'il tombait une petite pluie froide et serrée.

—Bon! dit-il, voilà qui va effacer la trace de mes pas en fondant la neige.