Griffe-d'Ours était dans le ouigouam de sa soeur. Sa qualité de Plus proche parent de la malade lui faisait un devoir de se mettre à la tête du parti de chasse. Aussi eut-il un instant de défiance. Mais sa soeur se plaignait toujours, et il ne pouvait refuser de tout faire en sa puissance pour contribuer à sa guérison. Il sortit donc aussitôt de la cabane en donnant l'ordre aux plus habiles chasseurs de se préparer à le suivre.
Avant d'aller lui-même prendre ses armes, il avisa deux jeunes guerriers, en posta un à l'entrée de la cabane, et lui enjoignit d'en défendre l'entrée à Mornac et à Vilarme et de casser la tête à celui des deux qui voudrait y entrer. Mlle de Richecourt ne devait pas non plus avoir la liberté de sortir du ouigouam avant le retour du chef.
Le second factionnaire eut pour consigne d'épier Vilarme et surtout
Mornac et de les empêcher au besoin de sortir du village.
Tous deux ne devaient être relevés de faction qu'au retour du parti de chasse.
Malheureusement pour le chef iroquois ses précautions étaient tardives et inutiles, car Mornac avait pu, tout à loisir, le matin même, se mêler à la foule qui avait envahi le ouigouam de la Perdrix-Blanche, et faire part à sa cousine des instructions de Renard-Noir. Peu lui importait donc ensuite d'être épié, ce dont il s'aperçu bientôt du reste.
Pour ce qui est de Vilarme il fut la seule victime de la méfiance de Griffe-d'Ours; car le baron, dont la figure sinistre annonçait ce jour-là quelque mauvais dessein, parut fort désappointé d'être menacé d'un coup de tomohâk, lorsqu'il voulut pénétrer dans la cabane qui abritait Mlle de Richecourt.
Il était passé midi, le parti des chasseurs avait depuis longtemps disparu sous les bois dont les feuillages desséchés jonchaient la terre durcie par la gelée.
Le village était paisible, le temps sombre et froid forçant les Iroquois à rester sous les ouigouams, où l'on faisait un grand feu, si l'on en jugeait par les gros flocons de fumée blanche qui s'en échappaient en spirales ouatées.
L'on n'entendait seulement que quelques imprécations suivies de coups, qui partaient du ouigouam de la Corneille. Chacun savait que c'était pour elle une habitude de battre régulièrement tous les jours le baron de Vilarme, son mari adoptif, et l'on ne s'en inquiétait pas davantage.
Seul dans la cabane de la bonne et vieille femme qui lui avait une fois sauvé la vie, Mornac s'occupait tranquillement de ses petits préparatifs de départ, sans s'inquiéter aucunement de celui qui, caché dans une cabane voisine, épiait sa sortie et ne pouvait pourtant savoir ce que le Gascon faisait chez soi.