Il n'y avait pas de femmes avec eux, car elles faisaient généralement leurs festins à part.
Le vacarme était à son comble. La danse dont la coutume faisait toujours précéder un grand repas, tirait à sa fin et acquérait un entrain, un délire, une furie à donner le vertige.
Chacun avait d'abord dansé seul en célébrant les exploits de ses ancêtres et les siens propres. Cela avait duré deux heures.
Maintenant l'assemblée tout entière se tenait par la main et tournait en sautant avec des hurlements de joie, dans une ronde échevelée.
Sous le vaste ouigouam à demi éclairé par des méchantes torches de bois résineux, on voyait tournoyer une longue chaîne d'hommes aux mains enlacées. Ils étaient nus et ainsi frénétiques et hurlants, ils avaient l'air, dans cette demi obscurité, de démons célébrant quelque saturnale dans l'abîme maudit.
Mêlée à cette foule délirante vous auriez pu distinguer, à chaque tour de la ronde, une figure étrange, au milieu de laquelle une longue moustache en croc produisait le plus curieux effet parmi les tatouages dont les joues étaient bigarrées. Le corps que surmontait cette drôle de figure n'aurait pas moins attiré votre attention par les gambades extravagantes auxquelles il se livrait. A force d'adresse et de dislocation, sa danse prenait un caractère tellement original et fantastique que tous ceux qui le pouvaient bien apercevoir riaient aux larmes.
Que l'on veuille bien m'en croire ou non, mais, sur mon âme, c'était le chevalier du Portail de Mornac qui se livrait, à sa manière, au noble exercice de la danse.
—Ah! grommelait-il entre deux gambades, vous vous croyez forts en gymnastique. Eh bien! sauvages que vous êtes, je m'en vais vous montrer un peu, moi, ce que peut faire un cadet de Gascogne après deux ans d'assiduité à l'académie de Paris. Tra-deri-dera! chantait-il en effleurant du bout du pied l'oeil de son voisin de droite. Zim-la-hi-to, paf!
Et son talon s'en allait caresser le menton de son suivant de gauche.
Tout cela avec des cabrioles, des gestes et des sauts impossibles.