—Je crois, sandis! que je joue passablement mon rôle et que le
Renard-Noir serait content de moi s'il me pouvait voir.

Les danseurs se relevaient l'un après l'autre, encore étourdis et essoufflés lorsque Griffe-d'Ours qui avait le premier recouvré ses esprits, s'écria:

—Vous êtes tous invités au banquet!

—Ho! ho! répondirent les assistants qui coururent chercher leurs ouragans ou écuelles d'écorce et leurs mikouannnes ou cuillers de bois, qu'ils avaient, en entrant, déposées dans la cabane.

Ils vinrent aussitôt se placer autour de vingt-cinq grande chaudières où bouillaient ou rôtissaient les viandes du festin.

S'il me fallait énumérer toutes les pièces de gibier et les poissons qui cuisaient dans ces chaudières et qui devaient être dévorés durant la nuit par ces trois cents diables d'affamés enragé, je n'en finirais plus et vous ne me croiriez pas ou seriez épouvantés.

Qu'il me suffise de dire qu'il y avait deux ours, dix castors, huit chiens, cent soixante-dix poissons énormes et de toutes espèces, et une infinité de volatiles depuis l'oie et le canard sauvage jusqu'aux plus petits oiseaux; sans compter les lièvres et les écureuils. Le tout cuisant à la fois, pêle-mêle, sans sel et sans épices.

Chacun des convives renversa son plat devant soi, et tous s'assirent en rond autour des chaudières, les jambes retirées sous le corps.

Griffe-d'Ours ordonna de descendre les chaudières qu'il fit mettre devant lui et dit à haute voix.

—Hommes qui êtes ici assemblés, c'est moi qui fais le festin.