—Chut! nous n'avons pas le temps de bavarder, dit Joncas. Je vous conterai cela quand nous serons à l'abri.

Le Renard-Noir les vit disparaître dans la nuit. Pendant un quart-d'heure il resta immobile, les yeux fixés sur la plaine vers l'endroit où les fugitifs avaient disparu.

Cet espace de temps écoulé il tourna le dos à la palissade, rampa vers le ouigouam de Griffe-d'Ours où avait eu lieu le festin.

Il en écarta doucement la portière et regarda en dedans.

Le silence n'y était troublé que par des ronflements. Il est vrai qu'ils étaient sonores et sortaient de trois cents poitrines.

Tous les convives gorgés de viandes et d'eau-de-vie s'étaient endormis auprès de leurs écuelles vides.

Sous le chaudières les feux s'étaient éteints et les flambeaux qui avaient éclairé le repas il n'en restait plus qu'un seul qui brûlât encore.

Le huron regarda fixement les convives pour en bien voir la position.

Il s'assura que son tomohâk et son couteau jouaient aisément dans leur gaine.

Hardiment il pénétra dans la cabane, marcha droit au flambeau allumé, s'en saisit, le jeta par terre et l'éteignit sous son pied.