A ces horribles souvenirs le Renard-Noir sentit la rage brûler son coeur. Il fit un mouvement pour repousser Joncas et se jeter sur Griffe-d'Ours. Mais un éclair de réflexion le retint.

—Non! murmura-t-il, je suis à bout de force et mourrais avant lui. Mon frère, dit-il à Joncas, assieds-moi sur cet arbre renversé que je voie tout.

Le poteau était solidement planté sur le point culminant du tertre. On releva Griffe-d'Ours pour l'y attacher.

Alors on commença à torturer le chef iroquois. Les uns lui coupaient des lambeaux de chair avec leurs couteaux ou lui désarticulaient les doigts, d'autres lui appliquaient des tisons sur ces plaies sanglantes. Celui-ci lui jetait des cendres chaudes dans les yeux ou lui ouvrait les mâchoires avec une lame de couteau pour lui faire entrer de force dans la bouche un charbon enflammé. Ceux-là promenaient par tout son corps des flambeaux allumés.

Griffe-d'Ours impassible au milieu des tortures semblait désirer, au contraire, d'aiguillonner la rage de ses bourreaux.

—Allez donc, chiens! disait-il avec un mépris écrasant, où avez-vous appris à tourmenter un guerrier? Vous n'y entendez rien! Oh! si vous m'aviez vu caresser vos parents, lorsque nous détruisîmes vos bourgades sur les bords du grand lac!

Ces paroles redoublaient la frénésie des Hurons.

Enfin, quand tout le corps du chef iroquois ne fut plus qu'une plaie vive, les Sauvages entassèrent du bois à ses pieds et mirent le feu au bûcher.

Alors, on vit griller les chairs de Griffe-d'Ours et la graisse couler en grésillant sur son corps ensanglanté.

A cette vue la figure du Renard-Noir brilla d'un éclair de bonheur. Et lui qui, tantôt, chancelait entre les bras de Joncas, dit avec ravissement: