Comme il n'y avait plus rien à craindre des Iroquois, même dans les localités isolées, on vit aussitôt les villages s'élever et s'étendre sur les bords du Saint-Laurent, les forêts tomber et s'éloigner des habitations, les terres plus soigneusement cultivées produire de t très-abondantes récoltes.
Grâce aux encouragements énergiques de M. Talon, l'agriculture fit de grands progrès. A part les grains ordinaires, on se mit à cultiver le lin et le chanvre avec succès.
Le commerce ne fut pas plus négligé. L'Intendant qui projetait de relier le Canada avec les Antilles, par les relations commerciales, fit construire un bâtiment à Québec, en acheta un autre, et dès 1667, les envoya à la Martinique et à Saint-Domingue avec un chargement de morue, de saumon et d'aiguille salés, de pois, d'huiles, de bois merrain et de planches.
La population prit aussi un accroissement rapide, grâce aux colons que le roi de France dirigeait sur le Canada. L'acquisition la plus précieuse que fit la colonie fut celle de quatre compagnies de Carignan qui s'établirent dans le pays, lorsque ce régiment fut rappelé en France. Elles furent choisies parmi celles dont les officiers et les soldats s'étaient mariés avec les filles des colons.
Après avoir fidèlement accompli sa mission, M. de Tracy retourna en France dans l'année 1667, sur le vaisseau de guerre, le Saint-Sébastien, que le roi lui avait envoyé.
Talon qui était passé en Europe en 1669, revint au Canada l'année suivante. Il resta dans le pays jusqu'à l'automne de 1672. Alors il quitta la colonie pour n'y plus revenir, ainsi que le gouverneur, M. de Courcelles, qui était remplacé par le comte de Frontenac, homme des plus énergiques, fort habile, et qui est une des plus belles figures de tous les gouverneurs qui se succédèrent, dans la Nouvelle-France, sous la domination française.
Avant de quitter le Canada, M. Talon avait résolu d'éclaircir le mystère qui enveloppait le grand fleuve de l'ouest, que l'on savait vaguement se jeter dans les mers du sud.
Pour cette découverte Talon avait choisi un homme doué de toutes les qualité nécessaires afin de conduire à bonne fin une entreprise aussi importante.
On se souvient que Louis Jolliet, frappé au coeur dans ses plus chères espérances, s'était brusquement décidé de quitter le monde. Il entra en effet chez les Jésuites, en 1665.
On voit par le Journal des Jésuites, que les premières thèses publiques sur la philosophie furent soutenues avec succès par les sieurs Louis Jolliet et Pierre de Francheville, en présence de Messieurs de Tracy, de Courcelles et Talon. «M. l'Intendant, entre autres y argumenta très-bien.»