—Je suis la fille de feu le comte Jean Richecourt. Tâchez, mon cousin, de vous trouver seul un moment auprès de moi durant la soirée. Il faut absolument que je vous parle. Il y va de mon bonheur, de ma vie peut-être. Un grand danger me menace, et je compte, pour le conjurer, sur vous, que l'ange gardien de notre famille a sans doute envoyé vers moi.

Comme il arrivaient à la porte de la salle, Mlle de Richecourt laissa le bras de Mornac et entra, suivie de ce dernier, qui se disait:

—Sandedious! il paraît que les aventures ne me manqueront pas en ce pays.

Fidèle à son poste, le sieur de Vilarme était déjà rendu chez M. d'Auteuil. Mlle de Richecourt s'approcha de la maîtresse de la maison, et lui dit, après l'avoir saluée fort amicalement:

—Permettez-moi, Madame, de vous présenter mon cousin, M. du Portail, chevalier de Mornac, arrivé de France aujourd'hui même.

En prononçant les mots mon cousin, Mlle de Richecourt lança un regard de défi à Pierre de Vilarme, qui pâlit et se mordit les lèvres.

Il paraissait connaître le chevalier et semblait moins que charmé de cette rencontre imprévue.

—Je suis ravie de vous voir chez moi, monsieur le chevalier, répondit Mme d'Auteuil avec un sourire des plus gracieux, vu qu'elle avait une fille mademoiselle Charlotte-Anne, bientôt en âge d'être mariée. Mon mari m'a fort avantageusement parlé de vous ce soir. Ne vous êtes-vous pas rencontrés au château?

—Oui, Madame, répliqua Mornac, et nous avons même failli nous rompre le col ensemble.

—Mais savez-vous que vous avez été bien près de vous tuer?