—Mon fils a le sang bouillant, dit le Renard-Noir, et ses nerfs sont prompts à se tendre. Je vais aller voir au dehors si j'apercevrai quelque chose. Éteignez cette lumière.
Le chef saisit son tomohâk qu'il avait déposé dans un coin de la chambre, s'assura que son couteau était à sa ceinture, tandis que Joncas décrochait son fusil tout chargé et suspendu à l'une des poutres du plafond.
—Je vas aller avec vous, dit Joncas au Renard-Noir.
—Non! que mon frère reste ici avec les autres pour défendre les femmes.
J'irai seul.
Le sauvage souffla la chandelle, enjamba le rebord de la fenêtre, se laissa glisser jusqu'à terre et disparut en rampant sur le sol dans la direction où Mornac avait tiré.
En ce moment, celui qui eût été en dehors de l'enceinte de pieux, aurait pu voir comme des ombres qui, après avoir longé la palissade, s'enfonçaient à deux arpents de l'habitation, sous le dôme sombre et silencieux du bois.
Mais ni le Renard-Noir ni les autres, dans la maison ne pouvaient apercevoir ces fantômes qui fuyaient sans aucun bruit.
Dans la maison régnait le plus grand silence. L'obscurité y aurait été aussi profonde, si le feu du foyer n'eût jeté, de temps à autre, quelques éclairs blafards sur les murs blanchis à la chaux. A ces lueurs intermittentes apparaissaient dans la pénombre deux groupes distincts: près de la fenêtre, Mornac, Jolliet, Joncas, Vilarme et le garçon de ferme, tous armés et prêts à la défense; au fond, près du feu de l'âtre qui les éclairait à demi, la femme de Joncas et Mme Guillot, à genoux et les mains jointes, et devant elles, Jeanne de Richecourt debout, calme et digne comme Diane, la fière déesse.
Au dehors, les chiens hurlaient comme des enragés.
On vit, après quelques minutes d'attente, un corps noir qui se glissait du côté de la maison et faisait entendre un sifflement sourd et doux.