Jeanne, silencieuse, laissait ses yeux errer sur cette scène qui, bien qu'elle ne manquât pas de grandeur, était empreinte d'une vague tristesse.

Mornac et Vilarme ne disaient rien non plus; mais peu sensibles, en ce moment du moins, aux beauté de la nature, ils n'écoutaient que le bruit de leur coeur agité par la colère et la haine.

Ils étaient donc tous les trois absorbés dans leurs réflexions, lorsque Jean Couture vint à eux pour demander à M. de Vilarme un râteau que celui-ci tenait à la main.

Jean n'était plus qu'à trois pas du tronc d'arbre et regardait en face le bois auquel Mlle de Richecourt, Mornac et Vilarme tournaient le dos, lorsque l'épouvante contracta les traits du valet qui poussa un cri de terreur.

Des hurlements horribles firent alors trembler la forêt, et prompts comme la foudre, dix Sauvages nus bondirent hors du bois.

Un coup de pied dans le dos envoya rouler à cinq pas Vilarme qui fut désarmé, garrotté en moins de dix secondes. Jean n'avait pas eu le temps d'armer le mousquet qu'il portait, que déjà il était aussi terrassé et lié.

Seul Mornac eut le temps de se défendre.

Le premier Iroquois qui s'approcha de lui reçut une balle au coeur et tomba roide mort.

Un second pistolet déchargé à bout portant dans la tête d'un autre
Sauvage lui fit jaillir hors du crâne la cervelle et la vie.

Puis Mornac fit trois pas en arrière, dégaina son épée et tomba en garde.