C'était un indicible cauchemar.

Enfin, la flamme ayant gagné le dessous des bras, les liens d'écorces, qui retenaient encore le supplicié debout prirent feu, se rompirent, et le corps s'affaissa dans le brasier avec un dernier sanglot d'agonie…

Il était deux heures du matin et les Iroquois rassasiés dans leur cruauté songèrent au départ. Le vent tombait et bien que la mer fut un peu grosse, ils voulaient profiter de la marée montante pour passer devant Québec à la faveur des ténèbres.

Jeanne, toujours évanouie, fut placée au fond d'un canot. Quant à Mornac et à Vilarme, on les coucha, tout garrottés en d'autres pirogues, après leur avoir bien recommandé de ne point bouger. Comme il leur était impossible de nager, ils seraient noyés du coup, leur dit Griffe-d'Ours, si les canots venaient à chavirer.

Et quelques instants, tout fut près pour le départ, et la petite flottille quitta l'île Madame.

La tête relevée et appuyée sur la pince d'avant du canot de Griffe-d'Ours, Mornac entrevit pendant quelque temps le brasier qui projetait sur l'îlot ses lueurs mourantes. Au milieu des charbons ardents qui pétillaient sous la brise, on distinguait le corps noir et informe du pauvre Jean Couture.

Peu à peu, à mesure que les canots remontaient le fleuve, en route pour le pays des Iroquois, le feu s'éteignit ou disparut dans l'éloignement.

CHAPITRE IX

BOURREAUX ET VICTIMES

On peut se figurer le serrement de coeur qu'éprouvèrent les captifs, lorsqu'ils passèrent devant Québec. Bien que la nuit touchât à sa fin, le jour n'était pas encore assez avancé pour qu'on les pût remarquer de la ville où la plupart des habitants dormaient encore.