--C'est bon! répond M. de Longueuil à Jacquot. Mais dis à ton capitaine qu'il laisse les ennemis gagner de mon côté, vu que j'ai cinq fois plus d'hommes que lui.
--Monsieur! mon capitaine n'a pas peur, répond effrontément ce satané Jacquot, et si l'Anglais vient de notre bord, laissez-nous faire; le temps des prunes est passé, mais on lui fera manger des noyaux tout de même.
--Allons, décampe, lui dit en riant M. de Longueuil après lui avoir tiré l'oreille. Jacquot fait la grimace du côté de l'Anglais et disparaît comme un renard à travers le fourré.
Il n'y a pas une demi-heure que nous sommes à l'affût, quand cinquante chaloupes remplies d'Anglais nagent vers la terre. Mais la mer a baissé, et il leur faut débarquer à quelques arpents du rivage, hors de la portée de nos mousquets.
--Oh! quel dommage que la lisière du bois soit si loin d'eux! murmure notre commandant, qui m'a fait placer à côté de lui pour profiter de ma connaissance des lieux.
En effet, les goddem, forcés de se jeter à l'eau jusque sous les bras,[43] parce que leurs bateaux s'échouent dans le sable, gagnent la terre sans ordre et pêle-mêle comme des moutons. Mais une fois là, pourtant, ils reforment leurs rangs et se dirigent au pas vers nous. On aurait entendu bâiller une mouche tant nous étions tranquilles dans notre cachette. L'ennemi n'est plus qu'à cinquante pas de nous.
[Note 43: ][(retour) ] Journal de Whalley.
--Attention! enfants, nous dit à demi-voix notre commandant. Visez bien chacun votre homme. En joue! Feu! Brrrrr, près de quatre cents balles, car les hommes de M. Juchereau ont fait feu avec nous, sortent en sifflant du milieu des broussailles et tapent au beau milieu des hérétiques, dont cinquante au moins mordent la poussière.
Pendant que l'ennemi surpris tourne les talons et fait mine de nous souhaiter le bonsoir,[44] nous chargeons, tirons, puis rechargeons encore.
[Note 44: ][(retour) ] Journal de Whalley.