On s'est ainsi battu jusqu'à six heures, fusillant l'Anglais qui n'osait s'engager dans les bois à notre poursuite. Alors un corps de troupe, envoyé par le gouverneur, est venu appuyer notre retraite, qui s'est faite en combattant toujours; car les ennemis, qui cherchaient sans doute un lieu de campement, ne se sont arrêtés qu'à la ferme où vous voyez leurs feux.
Après avoir retraversé la rivière Saint-Charles, je fis un brancard et j'emportai, avec mes camarades, le corps de M. de Clermont jusqu'à l'Hôtel-Dieu, où nous l'avons laissé pour y être enterré.
--Combien d'hommes avez-vous perdus? demanda M. de Maricourt, après un assez long silence.
--Oh! pas beaucoup, mon capitaine. A part M. de Clermont et M. de Latouche, nous n'avons eu que dix à douze blessés.[47]
[Note 47: ][(retour) ] Archives de Paris, lettre de Monseignat.
--Connaît-on les pertes de l'ennemi?
--Oui, mon capitaine; quelques coureurs des bois que M. de Longueuil avait envoyés sur le champ de bataille pendant que nous revenions vers la ville, nous ont rejoints comme on y rentrait. Ils disent qu'il y a cent cinquante ennemis[48] sur le carreau, depuis le camp des Anglais jusqu'au lieu où ils ont débarqué.
[Note 48: ][(retour) ] Archives de Paris, même lettre.
On entendit en ce moment le bruit des pas d'une patrouille qui s'avançait vers le quai. On échangea le mot d'ordre, et il se trouva que les arrivants étaient chargés d'apporter des vivres à la compagnie. M. de Frontenac envoyait aussi un officier pour commander le poste durant l'absence des chefs laissés libres d'aller prendre quelques heures de repos.
Bienville qui, tout le jour, avait conçu mille inquiétudes au sujet de Marie-Louise, reprit avec empressement, mais seul, le chemin de la haute ville. Car MM. de Maricourt et d'Orsy restaient quelques instants de plus sur le quai pour présider au partage des rations et donner leurs instructions à l'officier chargé de les remplacer.