Le sauvage et son compagnon marchèrent à pas de loup vers la demeure de Louis d'Orsy, tandis que l'aubergiste se recouchait sur le sol pour attendre leur retour.

L'hôtelier entendit bientôt, en frissonnant de tous ses membres, le bruit d'une fenêtre que l'on ouvrait précipitamment et qu'on refermait de même de l'autre côté de la rue; au même instant des pas qui venaient de la côte de la basse ville, se rapprochèrent graduellement de la place où il était blotti. Puis ses yeux, habitués aux ténèbres, distinguèrent un homme qui, en le dépassant, remonta la rue Port-Dauphin, s'engagea dans la rue Buade et alla s'arrêter sous la fenêtre par laquelle Harthing et Dent-de-Loup venaient de s'introduire dans la demeure du lieutenant d'Orsy.

Mais laissons Boisdon exhaler par tous les pores de sa peau les sueurs froides de la terreur, et transportons-nous chez Mlle d'Orsy, que nous avons par trop négligée depuis quelque temps.

D'après les ordres de son frère, notre héroïne avait dû se réfugier, durant l'après-midi, au couvent des Ursulines; car la petite maison de la rue Buade était trop exposée aux atteintes du boulet, pour que Louis permît à sa sœur d'y demeurer pendant le bombardement.

Mais le feu de la flotte ayant cessé vers le soir, Marie-Louise était revenue chez elle avec la vieille Marthe, que les détonations successives du canon avaient beaucoup effrayée et qui tremblait encore de tous ses membres.

Quand Marie-Louise eut pris le repas du soir et préparé, avec Marthe, celui de son frère qu'elle attendait d'un moment à l'autre, il était neuf heures passées.

Alors la jeune fille se mit à regarder avec inquiétude vers cette fenêtre de la cuisine, où l'apparition de la figure hideuse de Dent-de-Loup l'avait effrayée quelques jours auparavant.

Sans être tout à fait noire, la nuit n'était cependant éclairée que par la seule lumière des étoiles. Aussi Mlle d'Orsy ne pouvait-elle voir bien loin au dehors; mais elle espérait entendre au moins les pas de son frère... et de son fiancé.

Enfin, elle revint s'asseoir dans cette chambre où nous l'avons vue pour la première fois avec Bienville, et au même endroit qu'elle occupait alors.

Une humble chandelle de suif éclairait faiblement la chambre. La lumière rougeâtre et triste qu'elle jetait et le champignon qui semblait dormir au milieu de la flamme fumeuse de la bougie, attestaient qu'on négligeait de s'occuper de ces détails. C'est que Marie-Louise était en proie à une préoccupation trop grande pour y prêter attention. Quant à Marthe, elle s'était affaissée dans une chaise à bascule et à dos élevé, où, toute recoquillée, la pauvre vieille avait fini par succomber au sommeil, si facile à cet âge. Mais elle paraissait encore agitée des émotions de la journée; car un frisson nerveux passait de temps à autre sur ses membres débiles, et de ses lèvres s'échappaient d'incohérentes paroles.