--Quand tu sauras à quoi t'en tenir sur le sort de ton homme, reviens m'en faire part.
--Comme de raison, mon lieutenant, répondit Pierre Martel qui, après avoir fait volte-face à la militaire, reprit le chemin de la basse ville au pas accéléré.
--Toi, dit d'Orsy à un autre soldat, cours au château, et dis ou fais dire à M. de Frontenac que je viens de constater la présence de deux ennemis dans la ville; de la sorte, il donnera ses ordres pour prévenir une surprise.
--Rentrons, je t'en supplie! dit à voix basse Marie-Louise à son frère. Peut-être se meurt-il en ce moment! Et c'est pour moi, c'est pour me sauver qu'il est ainsi venu tomber sous leurs coups! Mon Dieu! mon Dieu!
--Voyons, Louise, ne te désespère pas inutilement ainsi. As-tu vu Harthing ou le sauvage frapper ton fiancé?
--Non. Je me suis évanouie comme l'Iroquois garrottait M. de Bienville. Après cela, je n'ai rien vu, rien entendu. Je n'ai repris connaissance que dans la rue et juste assez tôt pour m'échapper d'entre les bras de ce monstre.
--Oh! s'ils ont pris la peine de lier François, tu peux être sûre qu'ils ne l'ont pas tué. Viens, mais tiens-toi près de moi.
Et, suivis des quelques hommes de la patrouille qui se trouvaient encore auprès d'eux,--quatre soldats transportaient en ce moment au prochain corps de garde les deux hommes tués par Harthing,--Louis et sa sœur firent les quelques pas qui les séparaient de leur maison. D'Orsy marchait en avant et l'épée au poing.
Quand il atteignit le seuil de son habitation, il ne fut pas peu surpris de mettre le pied sur le corps d'un homme étendu insensible au bas de la porte.
--Par ma foi! qu'est-ce que c'est que ça? s'écrie-t-il.