Quand il revint sur la lisière du bois qui regardait le rivage, M. de Longueuil chargeait l'ennemi à la tête de sa petite troupe.
Bienville bondit au premier rang qui n'est plus qu'à vingt pas de la compagnie de Harthing, lorsque M. de Longueuil crie d'une voix tonnante:
--A plat ventre tout le monde!
Il a vu les Anglais coucher en joue les siens.
Un ouragan de flamme et de plomb passe au-dessus des Canadiens, dont aucun n'est touché, grâce au sang-froid du commandant.
A peine le nuage de fumée que vient de faire cette décharge s'est-il dissipé, que les trois frères LeMoyne se sont relevés en criant:
--En avant!
Qu'il était beau de voir ces deux cents braves chargeant douze cents ennemis!
Dent-de-Loup, qui peut croire que l'heure de la vengeance a sonné enfin pour lui, ne tue pas au hasard; c'est sur les officiers que son mousquet se braque de préférence. Loin de tirer avec les Anglais, quand ceux-ci ont fait leur décharge inutile, le sauvage a réservé son coup de feu; et quand les Français se relèvent, il ajuste froidement M. de Longueuil.
Celui-ci, qui court à la tête de son bataillon, n'est plus qu'à dix pas, lorsque la balle de Dent-de-Loup vient le frapper au côté gauche, où il porte la main en chancelant.