Harthing lui répond par un ricanement et baisse la tête quand le coup part.

La balle de Sainte-Hélène effleure le crâne du lieutenant. L'Anglais saisit à son tour le seul pistolet chargé qui lui reste et tire à bout portant sur Sainte-Hélène, qui s'affaisse, la jambe droite cassée par le coup de feu.[59]

[Note 59: ][(retour) ] "Sainte-Hélène, voulant avoir un prisonnier, reçut un coup de feu à la jambe." (Charlevoix, tome II, page 85.)

--En veux-tu donc à tous les miens? rugit Bienville, qui a pu percer enfin jusqu'à lui. Oh! nous allons voir!.........

Et, furieux, il court l'épée haute sur Harthing qui tombe en garde. Leurs pistolets à tous deux sont déchargés; c'est donc un duel à l'arme blanche qui va décider de leur sort.

En ce moment les ennemis cèdent sous la vigoureuse charge des Canadiens et se replient sur leur arrière-garde, suivis par nos intrépides volontaires, qui les chassent devant eux, la baïonnette dans les reins.

Harthing et Bienville se trouvent isolés des autres combattants.

A voir la furie avec laquelle Bienville presse Harthing, on peut croire qu'il perdra bientôt l'avantage avec le sang-froid qui, dans un combat de ce genre, donne beaucoup plus de chance à celui qui se tient froidement sur la défensive, comme Harthing le semble faire.

Aussi rapide que l'éclair, l'épée de Bienville enveloppe l'Anglais de cercles rapides, et sans relâche le frappe d'estoc et de taille. Leurs lames, violemment heurtées, rendent un sinistre cliquetis, entrecoupé par les seuls râlements saccadés qui soulèvent la poitrine des deux combattants.

Entre deux parades, Harthing porte une estocade de prime à Bienville qu'il atteint à l'épaule droite. Mais cette blessure, peu grave du reste, rend toute sa prudence à Bienville, qui se couvre avec soin de son épée tout en pressant Harthing.