--Parle sans crainte.
--Eh bien! je suis d'avis avec vous que nous les entourions tout de suite; mais, quant à les attaquer, je crois qu'il vaut mieux attendre le point du jour; car il fait trop noir à présent pour qu'il ne nous en échappe pas quelques-uns.
--Parfaitement vrai! Mais le jour paraîtra-t-il bientôt?
--Dans une heure, mon commandant, répondit Pierre après avoir consulté les étoiles et l'horizon.
--En marche alors. Et toi, Pierre, avant de nous servir de guide, passe par toute la ligne et dis à chacun de nos gens d'avancer sans bruit.
Au bout d'une demi-heure, cent vingt Canadiens investissaient la maison. Couchés qu'ils étaient parmi des broussailles, derrière quelques gros arbres et des clôtures qui avoisinaient l'habitation, personne n'aurait pu soupçonner leur présence.
On n'entendait que les ronflements sonores des Iroquois qui dormaient sur l'herbe, et, de la tête touffue des arbres, quelques cris d'oiseaux éveillés par un bruissement inusité, mais imperceptible à toutes autres oreilles qu'aux leurs.
Les malheureux dormeurs devaient voir en ce moment passer dans leurs rêves le hideux spectre de la mort qui effleurait leur front de ses ailes de chauve-souris.
Il pouvait être trois heures quand l'aurore, comme un ruban lumineux, se déroula lentement à l'horizon. Peu à peu la cime des montagnes dont la base dormait encore dans la brume, se détacha sur le ciel, et le premier sourire du jour naissant descendit languissamment sur la vallée.
Le rayonnement des étoiles devint moins vif et finit par s'éteindre à mesure que la clarté refoulait les ténèbres.