[Note 1: ][(retour) ] Nous avons raconté dans notre premier essai, Charles et Eva, publié dans la Revue canadienne de 1865, l'épisode de l'expédition contre Schenectady.
C'est à la suite de ces événements que les colons anglais se décidèrent à envahir le Canada à la fois par terre et par mer, afin d'en chasser les Français et de s'emparer du pays.
Le récit de cette expédition fait le sujet principal de François de Bienville.
Québec, 8 avril 1882.
PRÉFACE DE LA PREMIÈRE ÉDITION
Le récit qui va suivre n'est le fruit ni du caprice, ni du hasard, contrairement au grand nombre de ces œuvres légères dont notre temps est ahuri. Et, comme il n'est guère probable qu'on mette le motif qui me l'a fait écrire au compte de l'intérêt pécuniaire--il est bien établi que les lettres ne sauraient, au Canada, faire vivre, même médiocrement, le plus frugal comme le plus fécond des écrivains--je puis dire avec Montaigne, dès le début: "Cecy, lecteurs, est un livre de bonne foy."
En voici la raison.
Bercé, dans mon enfance, par les chants populaires et les légendes avec lesquelles on provoquait mon sommeil, déjà mon imagination s'éveillait au récit de ces histoires de loups-garous et de revenants qui font les délices des vieilles femmes et des enfants.
Plus tard, bien que très jeune encore, je pus lire quelques romans de sir Walter Scott. Alors, quand le soir je regagnais mon lit, il me semblait entendre, dans le vent de la nuit, le son prolongé des trompettes des hérauts sonnant la fanfare d'un tournoi. Et, lorsque le sommeil venait mettre un terme à ces insomnies, je croyais quelquefois, dans un songe, ouïr les pas sonores des chevaux de hardis hommes d'armes ébranlant le pont-levis d'un antique donjon.