--Dieu me pardonne! chevalier... mais vous divaguez... Allons! courage, ami...voici qu'on vient à nous.
Des chaloupes que M. de Maricourt envoyait pour les recueillir, accouraient à force de rames.
Quelques minutes plus tard, les trois nageurs étaient hissés sur la première embarcation venue, par dix bras empressés.
--Ouf! les dents me font mal, le pavillon était lourd à traîner, dit Bienville en reprenant haleine.
--C'est qu'il est chargé de gloire, repartit d'Orsy.
Une véritable ovation attendait les trois braves. A peine eurent-ils mis pied à terre, que vingt robustes gaillards les enlevèrent du sol pour les porter à la haute ville. Clermont eut beau se défendre sur sa blessure, rien n'y fit; et après avoir bandé sa jambe, tant bien que mal, il lui fallut suivre ses amis à la hauteur de leur triomphe. Et les enthousiastes porteurs se dirigèrent en acclamant vers la côte de la Montagne.
Le véritable triomphateur était François de Bienville. Fièrement drapé dans le pavillon anglais, les bras croisés sur sa forte poitrine, il semblait se dire que ces honneurs ne lui étaient que justement dus. Aussi jetait-il un regard assez calme sur la foule de militaires, de bourgeois, de femmes et d'enfants qui se pressaient sur son passage en le saluant de mille joyeux vivats. Car le Français, brave et glorieux par excellence, n'est jamais étonné des honneurs de la victoire.
A l'entrée de la rue Buade, M. de Frontenac, qu'on avait mis au courant des hauts faits des trois amis, s'en vint au-devant d'eux.
--Bien! messieurs! très bien! s'écria le gouverneur en les apercevant. Ces Anglais fussent-ils cinq mille, avec cinq cents hommes comme vous à mes côtés, je ne les crains pas.
--Vive monseigneur! Vive Bienville! Vive la France! vociféra la foule qui encombrait la place.