M. de Callières entrait dans la ville, à la tête de huit cents hommes du "gouvernement de Montréal." Craignant d'être surpris sur le fleuve par quelque vaisseau anglais, M. de Callières avait, la nuit précédente, fait débarquer ses troupes à la Pointe-aux-Trembles; et le reste du trajet s'était fait à pied.

Bienville et d'Orsy, avant de retourner à leur poste auprès de M. de Maricourt--Clermont était allé faire panser sa blessure--purent voir les nouveaux venus, qui semblaient des plus joyeux d'arriver.

--Quel dommage, s'il n'était rien resté pour nous, disaient entre eux les gens de Montréal en défilant par la rue Saint-Louis. Mais, Dieu merci, les violons seuls ont commencé à jouer; nous serons donc à temps pour la danse! bravo!

CHAPITRE VII

ANGLAIS ET FRANÇAIS.

Sur les huit heures du soir de la même journée, François de Bienville se reposait de ses nobles fatigues auprès de son ami d'Orsy et de son heureuse fiancée.

Comme rien ne laissait présager une attaque nocturne, les deux officiers avaient obtenu congé pour la nuit; seulement ils étaient avertis qu'un coup de canon tiré du fort Saint-Louis devait rappeler, en cas d'alerte, officiers et soldats à leur poste.

La conversation roulait naturellement sur les événements de la journée. Aussi, point n'était besoin de lieux communs, cette peste de nos soirées bourgeoises inventée pour la grande mortification des gens d'esprit.

--Mon Dieu! si vous saviez ce que j'ai souffert aujourd'hui! disait, avec un tendre accent de reproche, Marie-Louise à son fiancé.