—Je partirai seule, alors.
—Et moi, que ferais-je ici repartit Lisette dont les yeux étaient pleins de larmes. Je vous l'ai promis, je m'en irai avec vous.
La dernière semaine d'avril s'écoula et Alice qui suivait scrupuleusement les ordonnances de son médecin était à peu près rétablie. Madame Cognard pressait de plus en plus les apprêts du mariage.
On en était rendu au dernier jour du mois d'avril, et Alice avait décidé qu'elle s'enfuirait pendant la nuit du premier de mai, qui était l'anniversaire de sa naissance et l'époque de sa majorité, ce qui lui semblait d'un bon augure pour son entreprise.
La fatalité qui semblait présider à la destinée de la pauvre enfant, vint encore déjouer ce projet. Lisette en montant sur une chaise pour étendre le linge du trousseau, qu'on venait de laver, tomba de son haut et se donna une entorse à la cheville du pied. Il fallut la transporter jusqu'à son lit; elle ne pouvait plus faire un seul pas. Le médecin fut appelé. Alice, la mort dans l'âme, voulut être présente à la visite du docteur. Lisette qui comprenait toute l'angoisse dont était dévorée sa maîtresse, demanda au médecin dans combien de jours elle pourrait marcher:
—Dans trois ou quatre jours, peut-être, répondit-il, si vous ne faites aucun mouvement et si vous avez la patience de tenir continuellement des compresses froides sur votre pied, et de ne les point laisser s'y réchauffer par la chaleur de la fièvre.
—C'est bien, dit Lisette avec résolution, ce ne sera pas de ma faute alors, si je ne suis pas debout, même avant ce temps-là.
—Prenez garde, si nous marchez trop tôt vous aurez une rechute qui sera pire que le premier accident.
—Ne craignez pas, monsieur le docteur, j'aurai bien soin de moi. Je veux être sur pied au moins la veille des noces de mademoiselle, ajouta Lisette avec une finesse d'expression qui en ce moment n'était intelligible que pour Alice.
Heureusement que ni madame Cognard, ni le capitaine Evil ne pouvaient l'entendre, car ils auraient pu soupçonner quelque chose.