—Antoine Gauthier.

—A quel parti appartiens-tu?

—Quand les Bostonnais étaient les maîtres ici, j'étais pour eux. A présent qu'ils sont partis je suis pour les autre, répondit effrontément le paysan.

—Voici bien le coquin qu'il me faut, pensa l'étranger.—Tu n'es donc pas trop mal vu des Bostonnais? reprit-il.

—Je crois bien, Monsieur; tout le temps qu'ils ont été ici je leur ai rendu comme ça plusieurs petits services… que je me suis bien fait payer, du reste.

—Bien. As-tu un cheval et une voiture?

—Oui, Monsieur.

—Cours les chercher. Tu viendras me prendre à quelques arpents plus bas que l'église. Je vas passer par la grève pour ne pas être vu des gens de la maison Gagnier. Tu me conduiras aux Trois-Rivières. En chemin je t'exposerai ce que j'attends de toi. Si tu me promets de m'obéir en tous points je te compterai cinquante louis quand nous serons rendus aux Trois-Rivières. Dans trois jours si tu m'as satisfait je t'en donnerai encore autant, sinon plus.

—Vous voulez rire de moi, Monsieur?

—Est-ce que j'ai l'air d'avoir envie de rire? repartit l'étranger que la rage étranglait.