—Non, jamais plus, ma bien-aimée!

Les chers enfants ayant bien des choses à se dire, le lecteur voudra bien se retirer discrètement avec nous et les laisser tout entier à leur bonheur.

Dans le cours de la nuit suivante, dix-huit cents Américains, sous le commandement du général Thompson, traversèrent de Nicolet à la Pointe-du-Lac. Leur dessein était d'attaquer Trois-Rivières à l'improviste, et ils avaient formé le plan de passer, la même nuit, par les bois pour arriver sur la ville du côté nord du Coteau Sainte-Marguerite. Les nommés Larose et Dupaul[35] qu'ils avaient pris pour guide et qui se tenaient à l'avant-garde ne connaissaient pas bien les bois qui s'étendaient au nord du coteau, et ne savaient vraiment trop comment s'y prendre pour arriver inaperçus en arrière de la ville par le chemin que nous venons d'indiquer. Comme ils débarquaient de l'un des premiers bateaux qui venaient de prendre terre à la Pointe-du-Lac, ils entrevirent à la faveur des premières clartés de l'aube, un homme de leur connaissance, Antoine Gauthier, qui rôdait sur le rivage.

[Note 35: Mémoire de Berthelot.]

—Tiens, dit Dupaul, voilà bien Antoine Gauthier, tâchons qu'il nous aide à sortir d'embarras.—Antoine, hé! viens donc par ici, qu'on te parle un peu.

L'autre s'approcha mais avec si peu d'empressement que les deux guides crurent s'apercevoir qu'il ne serait pas aisé de persuader à Gauthier de marcher avec eux.

—Dis donc, Antoine, fit Larose, es-tu toujours pour la bonne cause?

—Oui, si vous entendez celle du plus fort. C'est toujours la meilleure, mon vieux.

—A ce compte-là tu tiens à présent pour les Anglais?

—Oui, depuis qu'ils sont les maîtres ici et que les Bostonnais ont le dessous.