Lassés bientôt de leur inutile poursuite, les soldats s'arrêtèrent, et ahuris, le virent grimper au haut du coteau Sainte-Marguerite et s'enfoncer dans la forêt.

Maintenant il faut nous reporter au jour précédent, aussitôt après la bataille. Comme ils s'enfuyaient tous deux en remontant le versant du coteau, Alice remarqua plusieurs fois que son mari chancelait.

—Es-tu blessé, dis-moi? lui demanda-t-elle à plusieurs reprises.

Mais lui, qui tenait sa main crispée autour du bras de la jeune femme, fuyait toujours, tout en la maintenant à son côté pour l'empêcher de le regarder en face.

—Non, non! disait-il avec énergie.

Ce fut ainsi qu'ils gagnèrent le bois où ils s'enfoncèrent en courant toujours. Ils firent plusieurs arpents, sans s'arrêter une minute. Mais peu à peu Marc semblait perdre de sa vigueur. Plus incertain son pas se ralentissait. Alice sentit enfin que les doigts qui retenaient se desserraient brusquement, et s'aperçut qu'il allait tomber. Elle voulut le retenir; mais Evrard ploya sur ses jambes sans force, et s'abattit lourdement sur le sol en entraînant sa femme avec lui.

—Mon Dieu! Marc, qu'as-tu donc? s'écria-t-elle.

En le regardant, elle jeta un cri de terreur et appuya ses doigts fermés sur la poitrine du jeune homme, d'où s'échappait un flot de sang.

L'épée du capitaine Evil avait percé le sein d'Evrard en pénétrant dans le poumon droit.

—Il va mourir mon Dieu! fit-elle avec un cri de désespoir qui retentit sous le dôme des grands arbres—Marc! je t'en prie, réponds-moi! criait-elle affolée. Tout ce sang… Sa vie qui s'en va, Seigneur Dieu! A l'aide! Au secours!… Mais ses clameurs se perdaient sous les bois et l'écho désespérant répondait seul à sa voix.