Elle se mit en quête, furetant les buissons, scrutant les rochers pour y découvrir un mince filet d'eau. Mais après une battue d'une demi-heure, elle s'en revenait la mort dans l'âme et sans avoir pu trouver une goutte d'eau, lorsqu'elle avisa un méchant cassot d'écorce qui avait été jeté sur le bord d'un sentier par quelque passant. Tremblant de peur de voir sa dernière espérance déçue, elle s'approcha et sentit son coeur palpiter d'une joie immense en apercevant quelques gouttes d'eau, deux trois gorgées à peine, au fond du cassot. Elle s'empara de ce vase primitif, bien plus précieux pour elle en ce moment que s'il eût été d'or pur, et marchant avec une extrême précaution, de crainte de perdre une seule gutte du précieux liquide, elle s'approcha de l'endroit où gisait Evrard.
Il avait les yeux ouverts. Au bruit des pas d'Alice il se dressa même à demi sur son séant.
—Ah! c'est toi!… fit-il avec un grand soupir de satisfaction. Tu as été bien longtemps…
—Mon ami, répondit-elle avec un sanglot dans la voix, si tu savais combien il m'a fallu chercher! Encore n'ai-je pu trouver que ceci.
—Je suis un affreux égoïste.. c'est vrai. Mais je souffrais tant de la soif… vois-tu… j'ai comme du feu… là-dedans!… Cette eau, donne, oh! donne-la moi!
Elle approcha le cassot des lèvres du blessé, de manière qu'il n'en perdit pas une goutte.
En deux traits avides il but tout.
—Que c'est bon! soupira-t-il, Dieu que c'est bon! Merci, ma bonne
Alice!
Elle se baissa vers lui, et tout en cherchant sa bouche pour y appuyer un baiser, elle murmura:
—Ces quelques gouttes d'eau me donnent en ce moment la plus grande joie de ma vie!