Enfin, au fond de cette chambre, on trouva la servante, robuste paysanne, aussi assassinée. Mais celle-ci avait dû défendre sa vie avec acharnement. Une table derrière laquelle elle avait cherché un abri, était fendue, cassée en pièces. Quant au corps de la pauvre fille, il était criblé de coups. Les bras, les épaules, la tête, étaient coupés, hachés, broyés affreusement.

A la largeur, à la profondeur des blessures, on reconnut que le meurtrier s'était servi d'une hache.—On la retrouva effectivement le lendemain matin, près du seuil de la porte.

Le père avait dû étre assommé le premier, à l'improviste, en ouvrant la porte. Quand au jeune garçon, il avait été frappé sans doute comme ils accourait appelé par les cris de ses parents. Averti du danger il avait dû s'avancer le bras gauche instinctivement levé pour parer les coups. La hache en s'abattant lui avait d'abord coupé le bras et puis brisé la tête.

La jeune fille s'était certainement évanouie avant que de recevoir le coup fatal; elle était tombée à la renverse et la hache de l'assassin avait porté en plein visage, fracassant l'os frontal qui était complètement séparé du crâne.

Pour ce qui est de la servante, le bruit sinistre des coups de hache, les cris et les lamentations des victimes, lui avaient donné le temps de se mettre sur ses gardes. Elle avait lutté de toutes ses forces et il avait fallu plusieurs coups pour l'abattre.

Comme il n'y avait pas eu un seul objet enlevé, et que, à part les désordres occasionnés par la lutte des victimes, il n'y avait rien de dérangé dans la maison, il était évident que le vol n'avait pas été le mobile de ce crime épouvantable.

La trahison de Gauthier étant bien connue de tous, on estima que les Américains avaient fait le coup pour se venger. Telle est encore aujourd'hui l'opinion des gens de l'endroit.

Cependant, les circonstances mystérieuses de ce crime ne font-elles pas soupçonner que l'idée d'une vengeance particulière dut plutôt inspirer cette effroyable tuerie? Tout en acceptant peut-être l'aide des Américains chez lesquels il s'était réfugié depuis qu'ils avaient laissé le Canada, Tranquille n'avait-il pas voulu venger personnellement la mort de ses maîtres?… Toujours est-il que jamais ni Célestin ni sa femme ne reparurent ostensiblement dans le pays.

JOSEPH MARMETTE

Québec, Octobre 1875.