Sans s'occuper de refermer aussitôt la porte, Célestin monta l'escalier quatre à quatre, et, arrivé, sur le palier qu'éclairait la lumière qui venait de la chambre ouverte:
—Hé! mais, ventre de chien! s'écria-t-il, c'est pourtant vrai que c'en est une!
—Quoi donc? lui cria d'en bas Evrard qui refermait la porte.
—Une oreille! Monsieur Marc, une oreille? Ventre de chien! le joli petit coup de rasoir! Le barbier du coin ne fait pas mieux à ses meilleures pratiques! [3]
[Note 3: Les Mémoires de M. Pierre de Sales Laterrière, qui se reportent à cette époque, et dont sa famille a fait, imprimer, il y a deux ans, une édition intime, contiennent un épisode dans le genre de cette bagarre.]
CHAPITRE TROISIÈME.
DÉSESPÉRANCE D'AMOUR.
Marc Evrard ne prêta qu'une attention fugitive aux facéties de Tranquille, et le rappela dans le magasin qui occupait tout le rez-de-chaussée.
—Trève de plaisanteries, dit-il en jetant un regard distrait sur l'oreille ensanglantée que Tranquille élevait triomphalement à la hauteur de l'oeil; mettons-nous en état de défense, au cas l'ennemi, outré de sa déconfiture, reviendrait en force. Aide-moi à barricader la porte et les fenêtres et à les boucher avec ces plaques de poêles, qui serviront à arrêter les projectiles… Bien! maintenant défonçons un baril de poudre et un autre de balles, afin d'avoir nos munitions toutes prêtes et sous la main.
En ces temps-là il y avait à peu près de tout chez le premier venu de nos marchands. Les chalands n'étaient pas assez nombreux dans les villes pour exiger cette division du commerce en différentes branches, nécessaire aujourd'hui. Le marchand qui avait pour pratiques des paysans, des sauvages des régions les plus éloignées, des matelots et des citadins, entassait dans sa boutique à peu près tout ce qui pout servir à conserver la vie ou même à l'ôter au besoin.