Lorsque Marc descendit au magasin, Tranquille y était occupé à faire disparaître les traces du tumulte de la nuit.
—Il n'est venu personne? demanda le jeune homme.
—Non, monsieur Marc.
Evrard se dirigea vers la porte ouverte, s'adossa contre l'un des chambranles, pensif, le front baissé, le regard triste, il resta longtemps à rêver. Tranquille qui avait rarement vu son maître aussi soucieux, le regarda d'un air de commisération profonde, et hocha la tête à plusieurs reprises.
—Ventre de chien, il y a quelque chose qui va mal! grommela-il entre ses dents.
Sur les onze heures un mouvement inusité se manifesta dans la rue Sous-le-Fort. Au coin de la rue Saint-Pierre, un son de trompe se fit entendre, et un crieur, dernier vestige des hérauts d'autrefois, se mit à lire à haute voix, afin que personne n'en prétendit cause d'ignorance, une proclamation du gouverneur convoquant la milice bourgeoise à se rendre sans faute sur la place-d'armes, au coup de midi:
Evrard se dirigea, comme tous les autres vers le crieur, se mêla au rassemblement et écouta la proclamation, jusqu'au bout.
Le crieur finit sa lecture, tira trois cris enroués de trompe et s'en alla plus loin.
Eh Bien! monsieur Evrard dit quelqu'un à ce dernier, il va donc falloir nous aligner et peut-être en découdre!
—Oui, voisin, répondit Marc qui refit lentement les quelques pas qui le séparaient de sa maison. A peine mettait-il le pied sur seuil que ses yeux rencontrèrent un militaire anglais qui tendait à Tranquille un pli cacheté que celui-ci se méfiant de tout ce qu'il ne comprenait pas, refusait de prendre.