Arrivé à la porte Saint-Jean qui était fermée depuis la veille, Marc allait expliquer à la sentinelle qui lui barrait le passage la raison qui l'obligeait à sortir. Les deux soldats qui l'avaient escorté s'approchèrent du factionnaire et lui glissèrent quelques mots à l'oreille. Celui-ci releva son arme et appela ses compagnons qui sortirent du corps-de-garde. La porte de la ville fut ouverte et se referma avec un bruit sinistre de ferrailles, sur les pas du proscrit et de son fidèle serviteur.
CHAPITRE CINQUIÈME
FEU ET FLAMMES.
On sait que le colonel Arnold, officier au service du Congrès, avait été chargé de marcher sur Québec, en pénétrant dans le pays par les rivières Kennebec et Chaudière. Arnold connaissait bien Québec pour y être venu plusieurs fois lorsqu'il n'était encore que commerçant de chevaux.
Il quitta Cambridge, près de Boston, le 13 septembre à la tête de onze cents hommes. Mais dès le 23 octobre le colonel Roger Enos rebroussa chemin en entraînant trois compagnies dans sa défection[5].
[Note 5: "Le Lieutenant-Colonel Green, du Rhode-Island succéda comme second officier en grade à Enos. Les majors étaient Return, J. Meigs. Ogden et Timothy Bigelow. Les carabiniers de la Virginie étaient conduits par les capitaines Morgan, Humphrey et Heath. Hendricks était à la tête d'une compagnie de la Pennsylvanie. Thayer en commandait une du Rhode-Island. Le chapelain était le Révd. Samuel Sprint et le docteur Senter chirurgien en chef." Ces renseignements qu'il a pris de Bancroft, sont cités par M. James LeMoine dans son intéressant Album du Touriste.]
Affaibli par la désertion de ces trois compagnies et par trente-deux jours d'une marche des plus pénibles à travers les bois, le corps expéditionnaire d'Arnold atteignit enfin, le quatre novembre, Satignan, qui était alors la paroisse de la Beauce la plus rapprochée des frontières et sise à vingt-cinq lieues de Québec. A peine restait-il six cent cinquante hommes des onze cents soldats que avaient quitté Cambridge un mois auparavant.
Après s'être ravitaillé à Satignan, Arnold continua d'avancer vers la capitale. Le dix-sept de novembre il couchait à Saint-Henri et le dix il atteignit la Pointe Lévy. Le commandant Cramahé ayant fait venir du côté de la ville toutes les embarcations de Lévy, Arnold ne put effectuer la traversée du fleuve que dans la nuit du treize, et sur des canots d'écorce conduits par des sauvages qu'il avait engagés à Satignan. Quoique deux vaisseaux de guerre, le Lizard et le Hunter fussent ancrés dans la rade, les Bostonnais passèrent inaperçus.
Le lendemain Arnold escalada les hauteurs sans rencontrer la moindre résistance, traversa les plaines et vint occuper la résidence du colonel Anglais Caldwell, (Sans-Bruit.)
Mais ses soldats n'ayant chacun pour toutes munitions qu'un coup de fusil à tirer [6] Arnold jugea qu'il ne pouvait songer à s'emparer de la ville en un coup de main et retraita sur Pointe-aux-Trembles pour y attendre le Général Montgomery qui descendait de Montréal.