—Feu! mes amis, feu sans relâche! cria le capitaine.
A cet instant on entendit dehors un formidable grondement, puis un vacarme d'enfer sur les toits.
Avant qu'on eut le temps d'en reconnaître la cause, une énorme bombe de deux cents livres, tombée sur le palais, passait à travers deux planchers et s'en allait éclater avec un bruit épouvantable au rez-de-chaussée, au milieu de ceux qui s'y étaient retranchés.
Un tumulte indescriptible s'en suivit. Quand le nuage de poussière que le passage de la bombe avait soulevé fut tombé, Marc Evrard et Tranquille s'aperçurent qu'ils étaient seuls au premier étage. Ils descendirent au rez-de chaussée: personne.
—Les lâches! dit Marc qui se pencha au dehors par une fenêtre que les éclats de la bombe avaient défoncée, et aperçut ses gens qui s'étaient réfugiés dans la cour.
Cinq ou six Bostonnais gisaient sanglants dans le grand salon qui avait autrefois été témoin de fêtes somptueuses de l'Intendant Bigot. L'un d'eux se plaignait affreusement. Il avait eu les deux bras emportés. Les autres étaient morts.
Tranquille chargea le blessé sur ses épaules et descendit dans la cour, où Marc Evrard tâchait en vain de persuader à ses hommes de reprendre possession du palais et de s'y maintenir.
Cependant l'on continuait à faire feu de la place sur l'Intendance, et il y avait à peine un quart-d'heure que les Bostonnais avaient quitté le palais, lorsqu'une pièce d'artifice y vint mettre le feu. En quelques minutes l'on vit briller de sinistres lueurs à travers les fenêtres, et bientôt l'édifice entier s'embrasa.
La nuit tombait lorsque Marc Evrard reçut un message dans la cour de l'Intendance, où il avait du moins forcé ses hommes à rester, menaçant de casser la tête au premier qui ferait mine de bouger. Arnold lui enjoignait de se replier dur le quartier-général.
Le capitaine Evrard reprit, encore plus triste que le matin, et avec une dizaine d'hommes de moins dans sa compagnie, le chemin qui conduisait à son cantonnement.