Williams monta dans la chaire [1] et s'adressant à la foule, composée en très-grande partie de Canadiens-Français:

[Note 1: Historique.]

Gentlemen, dit-il, I feel most happy in seeing such a numerous assembly.

—Parlez français, cria le jeune homme qui se tenait près de la porte.

—En français! hurla le colosse, son compagnon, d'une voix de tonnerre.

—En français! en français répéta la foule.

Williams dut se résigner et baragouina une espèce d'exorde, dans lequel, avec l'exagération commune à tous les discours de ce genre, il remerciait les citoyens de Québec de s'être portés en masse une assemblée convoquée par lui dans les intérêts de l'indépendance de toutes les colonies américaines. Puis il se mit à commenter l'adresse du Congrès aux Canadiens, laquelle terminait ainsi:

"Saisissez l'occasion que la Providence elle-même vous présente; si vous agissez de façon à conserver votre liberté, vous serez effectivement libres. Nous connaissons trop les sentiments généreux qui distinguent votre nation pour croire que la difference de religion puisse préjudicier à votre amitié pour nous. Vous n'ignorez pas qu'il est de la nature de la liberté d'élever au-dessus de cette faiblesse ceux que son amour unit pour la même cause. Les cantons suisses fournissent une preuve mémorable de cette vérité: ils sont composés de catholiques et de protestants, et cependant, ils jouissent d'une paix parfaite, et par cette Concorde qui constitue et maintient leur liberté, ils sont en état de défier et même de détruire tout tyran qui voudrait la leur ravir."

Pendant que l'orateur reprenait haleine, le jeune homme pâle, qui se, tenait toujours près de la porte, s'écria:

—Comment alliez-vous ces belles paroles avec certaine autre adresse du Congrès protestant contre la loi de Québec qui reconnaît chez nous la religion catholique? Williams ne s'attendait guère à cette objection! et resta bouche béante.