—Je vous donne ma parole, mon ami, que votre maître sera traité avec le plus grand soin, et sous mes yeux.

Sur un signe du colonel deux homme s'approchèrent et s'emparèrent de
Marc Evrard qui murmura d'une voix qu'il s'efforçait de rendre ferme:

—Du courage, mon bon Célestin, et si tu veux que je me laisse vivre, fais-moi ce dernier sacrifice…

Tranquille lâcha prise en essuyant une grosse larme qui roulait sur sa joue rugueuse.

Les rangs s'ouvrirent au-devant d'Arnold et de Marc Evrard que l'on emporta à l'Hôpital-Général.

Toute cette scène s'était passée en quelque secondes, et Tranquille avait à peine vu disparaître son infortuné jeune maître que déjà le capitaine Morgan entraînait ses gens à l'assaut. Le Canadien bondit à côté de lui en s'écriant:

—Mille massacres! malheur au premier que je rencontre!

Et dépassant tous les autres il s'élance le premier sur la barricade en s'aidant des mains et des pieds. La sentinelle l'aperçoit et fait feu sur lui. Elle a tiré trop vite et la balle siffle à l'oreille de Tranquille qui se donne un dernier élan et saute sur la barrière. Mais le factionnaire a eu le temps de saisir son arme par le canon et frappe le Canadien d'un violent coup de crosse à la tête.

Malgré sa force herculéenne Tranquille chancelle et s'abat en murmurant:

—Pas de chance!