Tranquille se sentit piqué et fit un bond. Lisette appuya sa petite main sur celle de Tranquille. Ce contact électrique fit perdre la tête au pauvre garçon qui se débattit vainement et ne réussit qu'à s'enferrer davantage.
Il tenta cependant un dernier effort pour se dégager et voulut brusquement changer le sujet de la conversation. Mais Lisette, impitoyable, tira tout aussitôt sur la ligne pour prouver au goujon qu'il était pris.
—J'attends! dit-elle avec froideur et en retirant avec vivacité sa main de celle de Tranquille qui, la voyant si près de la sienne, s'en était timidement emparée.
Le pauvre garçon s'agita sur sa chaise et resta la bouche ouverte. Il voulait commencer et les mots semblaient figés dans sa gorge. C'était comme le dernier spasme du poisson que le pêcheur sort de l'eau.
—Puisque vous n'avez plus rien à me dire, continua Lisette qui fit mine de se lever, je m'en vais.
—Attendez! Mam'zelle Lisette, attendez! je vas tout vous dire! s'écria
Célestin.
Lisette se rassit. Le goujon était tiré à terre et agonisait entre les mains du pêcheur. C'était un beau coup de ligne.
—C'est… c'est bien ennuyant, ici, commença Tranquille.
Lisette qui l'avait d'abord regardé avec un grand sérieux lui décocha sous le nez un sonore éclat de rire.
—Cela valait bien la peine de se faire tant prier! s'écria-t-elle.