Lisette fit part à sa maîtresse du projet qui tendait à faciliter l'évasion de Tranquille. Elle lui démontra si bien que Célestin courait un grand danger de mort, qu'Alice n'hésita pas à promettre son concours à la soubrette.

Alice était bien aise de contribuer à rendre Tranquille à la liberté et à son maître qui avait sans doute grand besoin en ce moment de ce serviteur dévoué. D'ailleurs ne serait-ce pas un bon tour à jouer aux Anglais qu'elle détestait collectivement dans la personne de James Evil?

Elle se doutait que le capitaine qui haïssait tant Marc Evrard serait pour beaucoup dans la condamnation du pauvre Tranquille.

Comme on était arrivé au carême et qu'on faisait le soir, à la cathédrale, les exercices religieux accoutumés, il fut facile à Alice et à sa servante de sortir sans exciter les soupçons, madame Cognard gardant la maison avec son mari qui n'était pas encore entièrement rétabli de ses blessures.

Quand Alice et la soubrette sortirent pour descendre à la basse ville, il faisait déjà nuit. La sentinelle qui montait la garde en haut de la côte les arrêta bien pour leur demander où elles allaient à pareille heure. Mais Alice lui répondit qu'elles descendaient chercher une dame de leurs amis qui craignait de monter seule à la cathédrale. La raison fut trouvée bonne, et on les laissa passer.

Ce ne fut pas sans une peur extrême que les deux jeunes filles pénétrèrent dans la maison abandonnée.

La main tremblait bien fort à Lisette en introduisant la clef dans le trou de la serrure.

Mais quand elles eurent vitement refermé la porte derrière elles pour n'être point aperçues des voisins, et qu'elles se trouvèrent dans une obscurité complète, elles sentirent courir sur leurs membres le froid de la frayeur.

Lisette avait eu soin d'apporter une bougie pour éclairer le magasin: mais elle tremblait tellement qu'elle ne put réussir à enflammer l'amadou à l'aide du maudit briquet alors en usage.

Ce fut un moment d'une terreur poignante.