—Oui.

Maurice trembla et s'affermit sur ses pieds, comme si le tangage et le roulis l'eussent pris à l'improviste, après le calme plat.

—Ah! vous aimez une femme du bord!—dit-il en riant faux.

—Que voulez-vous,—poursuivit Alcibiade, en se dandinant comme un marquis de comédie,—il faut bien que j'en finisse avec l'ennuyeuse vie de garçon! La révolution m'a forcé d'être une antithèse vivante, j'accepte mon destin. Je suis né gentilhomme et la République m'a fait roturier; je suis né riche et la banqueroute m'a ruiné; je suis né Parisien et la fantaisie va me faire Malgache; je suis né célibataire, il faut que l'amour me fasse mari.

—Vous vous mariez! dit Maurice toujours plus agité.

—À l'arrondissement de Madagascar, c'est décidé. Ce sera un antithèse de plus. Je ne suis pas veuf, et j'épouse une veuve.

—Une veuve!—répéta Maurice comme un écho sépulcral;—il y a donc des veuves ici?

—Il y a des veuves partout. Ce n'est pas une veuve du Malabar que je veux épouser! mais une blanche blonde, une Européenne charmante comme la douceur, belle comme la grâce, divine comme la volupté. Je vous dirai son nom demain. Adieu; je vais travailler à mon mémoire sur la nature des eaux de l'Océan équinoxial.

Maurice, foudroyé de stupeur, s'incrusta sur la poupe du vaisseau, où il resta immobile comme la poulaine voisine qui figurait l'Églé.

FIN DU PREMIER VOLUME.