—Il a raison, dit Bonaparte, c'est là que je suis né. Voyons, madame
Bonaparte, que pouvons-nous faire pour mon compatriote?
—Avez-vous des enfants?—demanda Joséphine à Brémond avec une vive émotion.
Deux larmes mouillèrent subitement le visage bronzé du marin, sa voix rude et ferme s'adoucit et trembla.
—J'ai un enfant, dit-il, un seul… et c'est pour lui que je viens voir mon général, et…
L'émotion suspendit la phrase; mais le premier consul ayant fait à Brémond un geste de bienveillance qui l'engageait à poursuivre, le marin acheva ainsi:
—On m'a dit que la police savait tout, et que les citoyens Dubois et Fouché connaissent tous les étrangers de cette grande ville: si je m'adresse à ces hauts personnages, ils ne m'écouteront pas. J'ai pensé qu'il vaut mieux s'adresser à Dieu qu'aux saints, et je suis venu. Mon enfant est à Paris, et vous me rendrez la vie, mon général, si vous ordonnez au citoyen ministre Fouché de me le découvrir avant ce soir.
—Avant ce soir,—dit Bonaparte en souriant, ce sera difficile. Vous avez tous, en province, des idées exagérées sur l'intelligence de la police de Paris… Il faut être moins exigeant, mon brave Brémond, donne trois jours à Fouché, il trouvera ton enfant.
—Trois jours, ça ne fait pas mon compte, mon général, il me faut mon enfant ce soir, entre sept et huit heures…
—Es-tu encore au service?
—Ah! mon Dieu! non, mon général; il faut avoir au moins deux jambes pour servir la République; avec elle, on va toujours au pas de course, et je suis boiteux.