Avec cette candeur et cette naïveté primitives qui distinguent les conspirateurs de tous les temps et de tous les pays, il ne vit d'abord que des complices inconnus, dans cette foule qui encombrait toutes les avenues de la rue Richelieu, et n'ayant pas encore apprécié le véritable caractère de ce complot, il s'attendait à une insurrection, et n'élevait aucun doute sur le succès.
Ce qu'il entendit en parcourant toutes les lignes de cette foule orageuse, ne lui permit pas de garder longtemps ses illusions de conspirateur.
Toutes les voix vomissaient des malédictions contre les assassins.
Toutes les mains étaient levées au ciel pour lui demander que la foudre tombât sur eux.
Impossible d'accuser d'hypocrisie tout ce peuple qui fulminait cet immense anathème et chantait la gloire du premier consul.
Il fallut bien rejeter au loin l'espoir d'un nouveau 13 vendémiaire, et s'éloigner en toute hâte de cette foule irritée, qui cherchait sur chaque visage suspect cette pâleur délatrice qui annonce un criminel.
Maurice Dessains se dirigea lentement vers la maison de son ami Genest, et, chemin faisant, il apprit tous les détails de l'horrible attentat.
Au coin de la rue de Rohan, un orateur monté sur une borne racontait les incidents du crime et en rejetait tout l'odieux sur le parti républicain.
Maurice, plus indigné que prudent, osa donner un démenti à cette assertion.
Des murmures menaçants s'élevèrent autour de lui, et comme les actes allaient succéder aux paroles, il recula devant une lutte inégale et se réfugia dans l'allée sombre de la maison de son ami.