Maurice et Lucrèce restèrent immobiles, et ne témoignèrent ni terreur, ni étonnement, car, dans les époques de troubles extérieurs et d'agitation domestique rien ne surprend les âmes fortes.

Elles s'attendent à tout sur le pavé de la rue, et dans les murs de leurs foyers…

Georges Flamant, le chef de l'escouade de police qui occupait le salon, était un homme de quarante ans; il exerçait sa profession depuis l'année 1786, et tous les changements d'hommes, de constitutions et de systèmes le trouvaient debout sur toutes les ruines.

Il avait servi, avec un égal zèle, Louis XVI, la République, le Directoire, et il s'apprêtait à servir le Consulat, en attendant les régimes nouveaux.

Ces hommes qui se perpétuent ainsi et fonctionnent toujours, quand, autour d'eux, toutes les machines se détraquent, ont des secrets de conservation inconnus du vulgaire et des candides historiens.

Pourtant, à force de sagacité et d'étude humaine, on aborde le fond de ces êtres mystérieux, et on explique leur énigme, à voix basse, de peur de souiller ses lèvres en l'expliquant tout haut.

Ce personnage avait un corps tout composé d'angles aigus; on voyait qu'il était né pour prendre, sans jamais pouvoir être pris.

Sa tête et son visage donnaient une idée vivante de ces formidables sauriens dont l'empreinte est restée sur les ardoises des fossiles.

Ses yeux, d'un vert mat, démesurément écartés vers les tempes, annonçaient aussi cette faculté d'exploration vaste et continue qui n'appartient qu'aux oiseaux de rapine.

Son teint avait cette pâleur nerveuse que donne l'énergie des passions; ses cheveux, taillés à fleur d'épiderme, ressemblaient à la calotte noire d'un homme d'église ou à la trace d'un coup de foudre tombé sur la tête d'un démon.