Dans les premiers jours de février 1801, la corvette l'Églé sortait de Rochefort par une bonne brise qui jouait dans toutes ses toiles, et la faisait voler comme un goëland sur l'écume de la mer.
En mettant quelques-uns de ses passagers en scène, nous comblerons la lacune des détails intermédiaires, et rien ne manquera au récit de ce qui doit le rendre complet:
—Nous marchons très-bien, dit un jeune homme, en se retournant du côté du pilote, comme s'il eût voulu entamer tout de suite une conversation.
—Nous filons dix noeuds, dit le pilote sans avoir l'air de répondre.
—Dix noeuds?… eh! dit le passager, comme s'il eût compris.
—Nous courons bâbord-amures, depuis un quart-d'heure, dit le timonier; le vent vient de sauter du nord-nord-ouest au sud-est.
—Ah! fit le passager avec un geste qui voulait indiquer la variation du vent, et qui la prenait au rebours.
—Citoyen, demanda le pilote, est-ce la première fois que vous naviguez?
—Oui, timonier.
Pendant ce début d'entretien, le passager et le pilote avaient l'air de parler au hasard, sans trop se préoccuper de ce qu'ils disaient.