—Ah! c'est juste!—dit Alcibiade avec un ton admirablement naturel.

Ne causons pas de cela, ici, à voix trop haute…. Voici…. Koërdic, en racontant la vie du corsaire, cette vie de joie, de combats, de fêtes, d'amour, de gloire, de richesses, d'enthousiasme, nous fait trop mépriser la vie prosaïquement stupide que nous menons…. et, pour tout dire, cet endiablé de Koërdic vient de me faire une description qui m'a sauté au cerveau comme du vin de Lamalgue: il m'a enivré…. enivré à tel point que j'ai fait un plan, un plan superbe, qui va sourire à votre ardente imagination.

—Voyons ce plan,

Dit Maurice d'une voix contenue, pour la mettre à l'unisson de celle de son interlocuteur.

—C'est un plan bien simple, poursuivit Alcibiade; il s'agit de nous faire corsaires….

—Et comment?

—Encore plus simple. Nous sommes très-nombreux à bord de l'Églé; nous sommes surtout gens de cœur et très-résolus. En fait de conspiration nous ne sommes pas novices; eh bien! il ne s'agit que d'embaucher une partie des matelots qui ne demandent pas mieux; nous jetons à fond de cale le capitaine, et l'Églé va rejoindre Surcouf dans l'Océan indien.

Maurice ouvrit des yeux démesurés et les fixa sur le visage d'Alcibiade.

—Eh! poursuivit celui-ci, voilà une idée! comme cela, vous fait bondir le cœur, vous qui êtes né avec la fibre de la conspiration! Et, remarquez bien, Maurice, qu'il ne s'agit pas cette fois d'un de ces complots qui vous font trôner vingt-quatre heures à l'Hôtel-de-Ville de Paris, comme vainqueurs, et vous font tomber, comme vaincus, le lendemain, sur la barre d'un tribunal.

Cela sera le triomphe de notre jeunesse et de notre vie. Tout un monde est à nous. L'Océan nous appartient! les galions sont nos trésors, les golfes nos grandes routes, les îles nos hôtelleries, les combats nos jeux, les archipels nos sérails, les Anglais nos esclaves, les orgies nos fêtes, les étoiles nos flambeaux! Maurice, serrez ma main, et je vous donne ce nouveau monde, comme à un autre Christophe Colomb!