—Bon!… dirigez nonchalamment vos regards du côté de l'arrière, à quinze pas de nous, là où le soleil fait un grand cercle d'or sur le pont…. il y a un marin assis sur un rouleau de câbles…. un marin, avec une chemise bleue, ouverte sur la poitrine…. il joue du doigt avec un bout de corde flottante, comme un chat qui ne sait que faire…. Le voyez-vous, Maurice?
—Parfaitement…. je l'avais même déjà remarqué ce matin…. ses yeux se sont souvent rencontrés avec les miens, dans la traversée…. Quelle franche figure d'honnête homme, il a notre pilote!… Ah! le voilà qui se compromet…. Il m'adresse un sourire et un léger salut de main….
—Oh! vous pouvez lui rendre son sourire et son salut….
—Sans danger, Alcibiade?
—Sans danger.
—Avez-vous vu, Alcibiade, comme sa figure s'est épanouie de joie?… je crois même qu'il essuie quelques larmes avec sa main….
—Oh! cela se conçoit très-bien, Maurice. Il y a des hommes qui font une bonne action par égoïsme; cela leur donne une volupté si grande, qu'ils pleurent d'émotion en regardant leur bienfait. Égoïsme pur!
—Très-pur, j'en conviens, Alcibiade; il serait à désirer que tout le monde fût égoïste comme ce marin.
—Ah! oui, Maurice… Malheureusement c'est une classe d'égoïstes à part, et les adeptes sont peu nombreux, on ne les trouve que sur mer.
—Savez-vous le nom de ce pilote égoïste?