—Son mari doit être bien jaloux….

—Elle est veuve, citoyen Lemaney. Son mari a été tué en Suisse, à la bataille de Zurich…. Tenez, j'ai acheté la gravure; la voilà collée à côté du miroir…. La citoyenne Lucrèce, en entrant dans ma loge, pour me donner douze francs d'arrhes de son loyer, regarda cette gravure et dit en riant: Tiens! c'est la bataille où mon mari a été tué! Voilà comment j'ai appris cela.

—Celle-là ne doit pas manquer d'amoureux,—dit Lemaney, en riant d'un air stupide.

—Ah! je vous garantis que non!—dit le portier en étendant ses bras, et en les levant ensuite vers le plafond de sa loge,—et à telles enseignes que le propriétaire voulait lui faire signifier son congé pour le terme de messidor dernier; mais j'ai répondu de sa bonne conduite, moi, et tout s'est arrangé. Vous connaissez comme moi les vieux propriétaires; ils ne peuvent pas souffrir les amoureux: ils disent que ça déprécie les immeubles; comme s'ils n'avaient jamais rien déprécié, eux, quand ils étaient jeunes, et qu'ils n'avaient pas de maisons.

—Enfin,—dit Lemaney,—vous avez gagné le procès de la citoyenne
Lucrèce Lorio.

—Dorio, Dorio, vous estropiez toujours son nom, citoyen Lemaney…. Oui, c'est vrai, j'avais gagné son procès; mais un beau jour, elle a fait enlever ses meubles, et elle a quitté la maison…. Une femme généreuse comme une ci-devant reine, et qui vous mettait dans la main un louis d'or comme une pièce de six liards!… Tenez, je me chauffe encore de son bois; elle m'en a laissé plein la cave; et dire qu'on a traité cette femme comme une espionne de Pitt et Cobourg!

—Vous croyez donc, citoyen Mathieu, qu'elle ne rentrera plus chez vous?—demanda Lemaney d'un air nonchalant.

—Jamais plus…. Elle est partie à la campagne.

—Aux environs de Paris, probablement?

—Ah! voilà ce que je ne sais pas, citoyen Lemaney…. quelquefois pourtant je m'imagine qu'elle est allée chez la famille de son mari.