Les deux femmes montèrent aux appartements par un escalier où semblaient monter avec elles tous les échos du large vestibule.
Une tristesse sourde tombait des étages supérieurs, car rien n'y annonçait la présence des êtres vivants.
La nouvelle chambre de Lucrèce n'était pas décorée selon le goût romain du gynécée de la rue Mesnars.
Elle avait gardé les traditions tapissières de l'école de Louis XIII; le lit surtout aurait pu figurer dans l'alcôve du palais du Sommeil, sur les monts Cimériens.
Il étalait des couches superposées du plus suave édredon, entre quatre piliers de bois des îles, où s'agrafaient des rideaux lourds, dont l'envergure, quand elle se déployait le soir, protégeait le sommeil avec quatre épaisses murailles de camaïeu.
—Ces femmes laissent toujours ma fenêtre ouverte!
Dit Lucrèce en entrant dans sa chambre à coucher.—Tullie, ferme tout cela bien vite, et déshabille-moi.
Tullie ferma portes et fenêtres, et vint se placer derrière le fauteuil où Lucrèce renversait en arrière sa belle tête toute ruisselante de cheveux noirs.
—Je vais vous faire une charmante toilette de nuit, madame,—dit Tullie en jouant avec ses petites mains dans la chevelure de sa maîtresse.
—Je vais vous coiffer comme une nouvelle mariée…. Nous ne voyons personne, c'est vrai; mais nous autres femmes, nous sommes un peu coquettes pour nous; n'est-ce pas, madame?