Le fond de la chambre, reflété par le miroir, avait une teinte sombre et confuse, et les quatre piliers de l'alcôve, chargés de leurs rideaux massifs, prenaient, dans les profondeurs de la glace vénitienne des formes étranges, ce qui fit sourire Lucrèce, mais de ce sourire qui laisse la tristesse dans le regard.

Un murmure distinct, assez semblable à une respiration comprimée avec effort, arriva de l'alcôve, et la jeune femme tressaillit; elle se retourna vivement et regarda partout.

C'était une erreur d'imagination, sans doute causée par le souvenir de l'ombre fantastique du jardin.

Lucrèce marcha vers le lit, avec une terreur vague dont elle ne se rendait pas compte, et, si la honte d'avouer une peur enfantine ne l'eût pas retenue, elle aurait rappelé Tullie sur-le-champ.

Comme elle luttait avec cette indécision, les plis d'un des rideaux amassés autour d'un pilier parurent s'agiter du tapis au plafond.

Lucrèce ouvrit des yeux démesurés, et sentit brûler la racine de ses cheveux.

Au même instant, deux plis du rideau se séparèrent, et une tête horrible apparut, comme une fleur de l'enfer, subitement éclose sur le lit des Euménides, au souffle du démon.

La jeune femme, nue et frissonnante chercha un cri de détresse au fond de sa poitrine, mais sa langue se dessécha; elle voulut fuir, mais ses yeux se paralysèrent; une tempête de sang éclata dans son front; ses bras se raidirent en essayant une défense impossible; la vie s'éteignit au fond de son cœur; elle tomba, comme tomba la plus belle des statues, dans un temple livré à la dévastation.

* * * * *

Sept heures sonnaient à l'horloge du Cadran-Bleu, lorsque Tullie ouvrit sa fenêtre pour consulter les progrès du jour.