Ce qui était un doute devint alors une vérité.

Nos deux amis apercevaient distinctement un petit navire qui cinglait dans la direction de Diégo-Suarez.

—Maurice, vous avez un télescope dans les yeux,—dit Alcibiade,—vous ne vous êtes pas trompé. Maintenant, pouvez-vous reconnaître, à cette distance, le pavillon de ce navire?

—C'est ce que je cherche à découvrir,—dit Maurice, en étendant sa main droite ouverte, au-dessus de ses yeux.—Par moments je distingue très-bien l'arrière, mais il me semble qu'il n'y a point de pavillon.

—C'est impossible, Maurice; je ne suis pas très-fort en science nautique, mais, en trois ou quatre mois de navigation, j'ai eu le temps d'apprendre qu'il y a toujours un pavillon à bord d'un navire….

—Eh bien! celui-là n'en a pas…. j'en suis très-sûr maintenant…. C'est une corvette en miniature; elle est découpée pour bien marcher; quand il fait du vent, on dirait un oiseau de mer…. Elle n'a que deux mâts, et fort penchés en arrière, comme s'ils allaient tomber…. Je distingue six sabords, ce qui annonce un petit navire de guerre de douze pièces de canon….

—Voilà une effronterie superbe! dit Alcibiade; est-elle comique cette coquille de noix qui déclare la guerre à l'Océan indien!

—Regardez, Alcibiade; elle vient de faire une manœuvre très-habile, et qui prouve qu'elle connaît ces parages aussi bien qu'un vaisseau sérieux…. Elle a descendu vers le sud pour prendre le vent et éviter l'Ile de Sable, comme nous avons fait avec l'Églé, un peu plus haut, dans la même direction, pour éviter le Banc de Nazareth.

—Mon cher Maurice, vous parlez comme un marin consommé…. maintenant, je vais vous parler, moi, comme un homme qui connaît la terre….

—Voyons.