Maurice s'élança au devant de lui, et s'excusa de sa longue absence, en lui montrant le curieux tableau que la rive du golfe encadrait.
Cinq condamnés du 14 nivôse, vêtus en planteurs africains, robustes comme des hommes purifiés par la mer, joyeux comme des criminels qui ont trouvé la vie dans la mort, suivaient Sidore Brémond et contemplaient avec des yeux ravis le spectacle déroulé devant eux.
Surcouf s'était levé pour recevoir les nouveaux venus, et il examinait la figure de Brémond avec cette attention minutieuse qui précède ordinairement l'explosion d'une reconnaissance entre deux anciens amis.
Ce doute allait être éclairci au premier éclat méridional de la parole du pilote de l'Églé.
—Il me semble que je vois la Caranque de la Seyne, quand je vois ce coin de mer, dit Brémond en agitant son bras autour de lui.
Voilà le bois de pins de Saint-Mandrier; voilà l'isthme des Sablettes; c'est la même couleur d'eau et de terrain. Oh! la Seyne! la Seyne! le plus beau pays du monde!… Cela me mouille les yeux comme à un enfant.
—Je ne me trompe pas!—dit Surcouf en se précipitant du haut de ses mains sur les mains du pilote.
C'est Sidore de la Seyne!… Eh bien! est-ce qu'on ne reconnaît plus
Surcouf, le camarade du Pluton?
—Surcouf!—s'écria Brémond avec un visage rayonnant comme l'équateur, —mais qui, diable! te reconnaîtrait dans cette absence de costume! Tu ressembles au père Tropique, en négligé d'Océan!… Oh! mon brave Surcouf!
—Enfants!—cria Surcouf en se tournant du côté de la Perle, feu de bâbord et de tribord, pour saluer la France qui nous rend visite à Madagascar!