—Tout, parce que je n'ai rien.

—Alors, choisis dans mon trésor de corsaire.

—As-tu une belle parure de corail à perdre dans un pari?

—Est-ce que nous manquons jamais de ces choses-là?… Marapi, apporte-moi la corbeille de noces de miss Giulia Holwel.

—C'est une Anglaise que tu vas épouser?

—Est-ce qu'un corsaire a le temps de se marier, mon cher Brémond!… C'est une corbeille de noces envoyée de Londres à la fille du gouverneur de Ceylan. Elle était estimée quatre mille livres. J'arrêtai au passage ce beau présent nuptial; je gardai pour moi ce qu'il y avait de moins précieux, une parure de corail et un collier de perles, et j'envoyai le reste à miss Giulia Holwel.

—Voilà un trait charmant!—dit Alcibiade;—c'est de la belle galanterie française en pleine mer.

—Un jour,—continua Surcouf,—je me suis montré plus galant encore. Je capturai à bord de l'Emperor miss Anna Heatfield, qui allait se marier à Madras, et je la rendis à sa corbeille de noces.

—Ceci est imité de Scipion,—dit Alcibiade.

—Erreur historique,—reprit Surcouf;—il a été prouvé que Scipion n'aimait pas les femmes, ce qui met au néant cette bonne action de continence, célébrée en vers, en gravures et en tableaux menteurs…. Ah! voici la parure de corail de miss Giulia!… Maintenant, dis-moi, mon brave Brémond, est-ce que tu vas faire un cadeau de noces à la reine des Hovas que tu veux épouser?