—Je pense à faire ce que vous ferez, capitaine.
—Cette conspiration est-elle de votre goût?
—Oui, et je suis fier d'être votre complice.
—Regardez, Maurice, si votre imagination de conspirateur citadin a jamais rêvé quelque chose de plus beau! si votre jeune esprit, qui vous entraînait aux nobles aventures, a jamais conçu quelque chose de plus grand! L'Océan est partout; nulle part la terre. Là-bas un vaisseau anglais avec vingt-quatre pièces de canon; ici un navire d'enfant et quelques grains de poudre. Un duel à mort qui se prépare, et pour seul témoin le soleil!
À la voix du héros de l'Inde, tous les matelots et les déportés accourus autour de lui bondissaient d'enthousiasme, et agitaient leurs armes dont les éclairs se croisaient, avant la foudre prête à sortir.
Sidore Brémond, muet et calme à sa barre, conduisait le gouvernail avec l'expérience d'un pilote habitué à tous les périls, à toutes les fêtes, à toutes les mers: en ce moment il se regardait comme le père de tous.
Les lunettes d'approche de la Perle permettaient déjà de voir la scène qui se passait à bord du navire ennemi.
Les matelots et les nombreux passagers semblaient en proie à une anxiété des plus vives; dans le lointain, la Perle, toute couverte de ses voiles, de ses flammes, de ses pavillons, avait un air sinistre, malgré la folle gaîté de ses allures, et les matelots anglais, qui brossent tout avec soin, brossaient déjà les boulets, où luisent les armoiries de la Licorne et du Lion.
Surcouf s'approcha du pilote, et, s'asseyant à son côté, il lui dit:
—Je viens un instant tenir conseil de guerre avec toi.